Petites fables électorales à l'usage des Français d'Islande et de Norvège

De tre bukkene Bruse
        Ceux qui ont habité quelques années en Norvège connaissent bien la fable populaire d'Asbjørnsen et Moe "De tre bukkene Bruse". C'est l'histoire de 3 chèvres qui doivent traverser une rivière sur un pont pour aller à l'alpage. Cette fable très populaire a été évidemment parodiée et détournée dans des buts très variés. En voici une version pré-électorale:
        Par un beau printemps de l'année 2020, les trois candidats de la liste "Ensemble, Français écologistes et solidaires" souhaitaient aller à la rencontre de leurs électrices et électeurs. Pour ce faire, il leur fallait passer par un pont en bois pour traverser une rivière.
        Le 3e de la liste s'avança le premier. On entendit tripp trapp, tripp trapp, tripp trapp, quand il commença à marcher sur le pont.
- Qui est-ce qui marche sur mon pont ? brailla l'affreux troll macroniste qui habitait dessous.
- Je ne suis que la 3e de la liste "Ensemble, Français écologistes et solidaires", celui qui a le moins de chances d'être élu, lui répondit d'une petite voix le candidat Stéphane. Et en plus, je suis de Sarpsborg. Attend la suivante, c'est la seconde sur la liste!
- Bon, d'accord, passe, beugla l'affreux troll macroniste.
        Quelques instants plus tard arriva la seconde candidate de la liste "Ensemble, Français écologistes et solidaires". Quand elle s'avança sur le pont, on entendit tripp trapp, tripp trapp, tripp trapp.
- Qui est-ce qui marche sur mon pont ? brailla l'affreux troll macroniste qui habitait dessous.
- Je ne suis que la seconde de la liste "Ensemble, Français écologistes et solidaires", celle qui n'a pas trop de chances d'être élue, lui répondit la candidate Lorelou. Attend le suivant, c'est le premier sur la liste!
- Bon, d'accord, passe, beugla l'affreux troll macroniste.
        Quelques instants plus tard arriva le 1er candidat de la liste "Ensemble, Français écologistes et solidaires". Quand il s'avança sur le pont, on entendit tripp trapp, tripp trapp, tripp trapp.
- Qui est-ce qui marche sur mon pont ? brailla l'affreux troll macroniste qui habitait dessous.
- Je suis le premier de la liste, celui qui est certain d'être élu, lui répondit tranquillement le candidat Thomas.
- Je monte tout de suite te faire la peau, hurla l'affreux troll macroniste.
- Viens, si tu veux. Je n'ai pas peur de me battre. Je suis prêt à t'encorner, toi et tes petits trolls marcheurs. Et il se précipita sur l'affreux troll macroniste, et le renversa.
        Voilà comment Stéphane, Lorelou, et Thomas passèrent le pont. Ces 3 candidats de la liste "Ensemble" rencontrèrent tant et si bien leurs électeurs, ce printemps-là, qu'ils furent élus tous les 3 en Norvège et Islande.
"Og snipp, snapp, snupp, er eventyret ute".

2. Ce que disent les fleurs
        Quand j'étais enfant, j'étais très tourmentée de ne pouvoir saisir ce que les fleurs se disaient entre elles. Mon professeur de botanique m'assurait qu'elles ne disaient rien du tout. Mais moi, je les entendais bavarder tout bas, surtout à la rosée du soir ; elles étaient méfiantes, et elles se taisaient quand j'approchais. Alors, je m'exerçai à marcher si doucement, que je saisis enfin des paroles articulées par leurs petites voix. Je ne sais pas quelle langue elles parlaient. Ce n'était pas du français, mais je comprenais fort bien leur langue, et même mieux que tout ce que j'avais entendu jusqu'alors.
        Elles parlaient de candidats et de leur espoir de voir gagner la candidate écolo. Q'est-ce que des conseillers consulaires écolos pouvaient leur apporter ? Certainement quelques visites supplémentaires d'abeilles et moins de polluants chimiques. Certainement aussi, autre chose, mais quoi ? Difficile à deviner car je ne savais pas trop ce qu'était un cons-cons.
        Quand je racontai à mon précepteur ce que j'avais entendu, il déclara que j'étais malade et qu'il fallait m'administrer un bon purgatif. Mais ma grand-mère m'en préserva en lui disant :
– Je vous plains si vous n'avez jamais entendu ce que disent les roses. C'est une faculté de l'enfance et des écolos. Prenez garde de confondre les facultés avec des maladies ! Puis elle me dit: "Garde le plus longtemps possible ta faculté de comprendre le langage des fleurs, ma petite. Moi, je regrette le temps où j'entendais encore assez bien."

(Très librement adapté de George Sand)

3. Le beau au bois dormant
        Il était une fois un prince qui rencontra une jeune fée au milieu du bois. Cette fée était, malgré son jeune âge, plus que fatiguée par toutes les histoires de jeunes filles endormies dans la plus haute tour du chateau, attendant 100 ans qu'un prince charmant vienne les réveiller par un baiser. Trop était trop. Alors, elle jeta un sort: ce prince se percerait la main avec un couteau et tomberait dans un profond sommeil, qui durerait jusqu'à ce qu'une conseillère consulaire vienne le réveiller. Le roi et la reine, effrayés, firent alors jeter tous les couteaux et autres objets pointus qui se trouvaient dans le chateau.
        Bien des années plus tard, le prince, courant un jour dans le chateau, passa par la cuisine. Une vieille servante y préparait une bonne soupe de légumes. Le voyant, elle cacha prestement le couteau qu'elle tenait en main. Mais le prince, curieux, lui intima l'ordre de lui montrer ce qu'elle venait de cacher dans la poche de son tablier. La vieille servante, tremblante, posa alors le couteau sur la table. Comme la fée l'avait prédit, il se perça la main avec, et tomba évanoui. On n'arriva pas à lui faire reprendre ses esprits. Il était endormi. On le coucha sur son lit, et on prévint ses parents.
        Le roi, se souvenant du sort jeté par la fée, partit jusqu'aux confins du royaume pour essayer de trouver une conseillère consulaire qui pourrait réveiller le prince en lui faisant un gros bisou. Mais il n'en trouva pas, même dans les forêts les plus profondes. Un jour, il rencontra un vieil homme tout ridé qui lui expliqua que les conseillères consulaires ne se trouvaient qu'en dehors du royaume, à l'étranger, et qu'il avait entendu dire qu'il y en avait trois dans le royaume de Norvège.
        Plein d'espoir, le roi envoya des émissaires, qu'il appela 'électeurs', traverser les mers et les fjords jusqu'au royaume de Norvège. Entreprise hasardeuse, mais c'est ainsi qu'un an plus tard, une conseillère passa par son palais, et fit un tout petit bisou au prince qui se réveilla enfin de son profond sommeil. Il la regarda et lui dit: "Vous vous êtes bien fait attendre ! La mesure de confinement est-elle enfin terminée ? Où suis-je, maintenant ?" Alors, elle lui répondit: "Vous êtes maintenant sénateur au palais du Luxembourg, et vous allez enfin pouvoir voter des lois solidaires et écologistes. Nous en avons tous grandement besoin".
(Très librement adapté de Charles Perrault)

4. Le baron perché
        Je m'en souviens comme si c'était hier. Toute la famille était réunie dans la salle à manger. Mon frère dit: "J'ai dit que je n'en veux pas, et je n'en mangerai pas !" Et il repoussa son assiette d'escargots. Je n'avais jamais vu une telle désobéissance. Le baron, notre père, furieux, lui intima l'ordre de sortir de table. Mon frère sortit alors de la maison, et monta dans le grand chêne du parc. "Quand tu sera fatigué de rester assis sur ta branche, tu changera d'avis" lui cria mon père. "Je ne changerai jamais d'idée" lui répondit mon frère. C'est ainsi que la vie de mon frère prit un tour peu ordinaire. Il était monté dans un arbre pour protester contre les pressions de son père, et il allait rester agrippé aux branches des arbres toute sa vie, passant d'arbre en arbre, volant des pommes au passage pour manger. Ce qui n'était, au départ, qu'un caprice de gamin s'était transformé en mode de vie. Les premières journées dans les arbres, mon frère n'avait aucun programme défini. Tout était subordonné au désir de découvrir et connaitre son nouveau royaume, le découvrir arbre après arbre, branche après branche, saison après saison, sans jamais mettre pied sur terre. Son monde baignait dans une lumière verte qui changeait avec l'épaisseur du feuillage. Il y fit peu à peu un grand nombre de rencontres inattendues, et y vécu aussi une histoire d'amour contrarié.
        Perché dans son territoire sylvestre, il le surveillait, prêt à donner l'alarme en cas d'incendie. C'est à cette occasion qu'il comprit que les associations renforcent l'homme, mettent en relief les dons de chacun, et donnent une joie qu'on éprouve rarement quand on vit seulement pour son propre compte. A la mort de notre père, il avait hérité du titre de baron, mais était resté dans les arbres. Sa désobéissance était un peu burlesque pour certains, mais difficile à vivre aussi, comme toute désobéissance, car il faut, avec une certaine rigueur, suivre une règle différente, 'anormale'. Mais aussi, cela lui avait permis de prendre un peu de hauteur pour contempler notre monde. C'est la raison pour laquelle on lui demanda un jour de faire partie de la liste de conseillers consulaires "Ensemble, barons écologistes et solidaires".
(Très librement adapté d'I. Calvino)

5. L'isoloir et les bâtons flottants
Le premier qui vit un isoloir
            S'enfuit loin de cet accessoire.
Le second approcha. Le troisième, par fortune,
            mit un bulletin dans l'urne.
L'accoutumance ainsi nous rend tout familier :
Ce qui nous paraissait terrible et singulier
            S'apprivoise avec notre vue
            Si on ne s'est pas abstenu.
Et puisque nous voici tombés sur ce sujet:
            On avait mis des gens au guet,
Qui voyant à l'entrée du fjord certain objet,
            Ne purent s'empêcher de dire
            Que c'était un puissant navire.
Quelques moments après, l'objet devint brûlot,
            Et puis nacelle, et puis ballot,
            Enfin bâtons flottants sur l'onde.
            J'en sais beaucoup de par le monde
            A qui ceci conviendrait bien:
De loin, c'est quelque chose, et de près, ce n'est rien.
Bonne raison pour ne pas devenir Norvégien.
(Très librement adapté de J. de Lafontaine)